Plan pauvreté : toujours rien à signaler

Plan pauvreté : toujours rien à signaler

L’annonce du plan pauvreté faisait l’objet d’une attente forte d’un certain nombre d’acteurs. Las, il ne fait finalement qu’entériner une logique qui semble guider la politique menée depuis de nombreuses années. Terminée l’idée de remise en cause des failles du système (ne parlons même pas de changer le système), les « pauvres » le sont soit par manque de chance (les fameuses « inégalités de destin ») soit par leur faute (la non-moins fameuse « responsabilité individuelle »).

L’introduction effectuée par le Président de la République en dit déjà long sur la conception de ce plan : «nous devons batir pour le 21e siècle un Etat providence de la dignité et de l’émancipation ». A ce titre, il évoque la nécessité d’une « révolution profonde (…) autour de trois principes ». Il est parlant de s’attarder plus en détail sur ces trois principes pour mesurer à quel point, s’il s’agit d’une révolution, ce n’est probablement pas un progrès ni pour les travailleurs sociaux ni pour les usagers.

Premier principe : « la prévention ». Deuxième principe : « l’universalité ». Troisième principe : « la dignité ». A première vue, difficile d’être contre, chacun-e conviendra qu’accompagner tous les citoyens au plus tôt lorsque c’est nécessaire et qu’ils en expriment le besoin tout en respectant leur dignité fait consensus.

L’universalité est ici entendue comme « les mêmes droits à chacun ». Cela signifie par conséquent qu’on évoque là une égalité et non pas une équité. On se prive donc de la notion d’adaptation en fonction des besoins.

Pour autant, en regardant de plus près le sens donné par le Président à chacun de ses termes, on commence à douter de notre accord. La notion de prévention, si elle est importante, ne doit pas occulter le fait qu’on ne tombe pas dans la précarité uniquement par la faute du destin. L’universalité est ici entendue comme « les mêmes droits à chacun ». Cela signifie par conséquent qu’on évoque là une égalité et non pas une équité. On se prive donc de la notion d’adaptation en fonction des besoins. Quant à la dignité, elle prend appui selon Emmanuel Macron sur « le travail comme clé d’émancipation ». Chacun-e jugera de l’émancipation grâce au travail pour les ouvriers du bâtiment, les caissières, les travailleurs pauvres et quantité d’autres professions…En schématisant le discours porté, la question de la pauvreté est traité uniquement par la prisme de la responsabilité individuelle et le manque de chance. Il suffirait donc de mieux former les enfants pour que ceux-ci puissent accèder à l’emploi une fois adulte, de responsabiliser les chômeurs et les malades en les sanctionnant si nécessaire pour qu’ils se prennent en main et qu’il y en est moins.

Chacune des annonces parait de prime abord frappé du sceau du bon sens. Or, nous savons bien que cette question de la pauvreté n’est pas aussi simple que cela. (…) La pauvreté est protéiforme et les réponses à y apporter ne peuvent qu’être complexes, mouvantes, adaptables aux situations diverses rencontrées.

Et c’est là tout le piège de ce plan pauvreté : chacune des annonces parait de prime abord frappé du sceau du bon sens. Or, nous savons bien que cette question de la pauvreté n’est pas aussi simple que cela. Il ne s’agit pas que de l’habituel « vouloir c’est pouvoir » sous entendant qu’en « traversant le rue on trouve du boulot ». La pauvreté est protéiforme et les réponses à y apporter ne peuvent qu’être complexes, mouvantes, adaptables aux situations diverses rencontrées. C’est ce qu’on appelle accompagner les personnes. Nous n’avons pas de catalogues de réponses toutes faites lorsque nous rencontrons les usagers. Nous prenons appui sur leur histoire de vie, leurs besoins, leurs potentialités, leurs freins, ceci pour les accompagner et leur permettre d’être acteurs de leur propre histoire.

Il convient d’étudier de plus près les mesures annoncées, mesures qui s’inscrivent dans 5 engagements englobant diverses thématiques.

L’engagement N°1 s’intitule « l’égalité des chances dès les premiers pas pour rompre la reproduction de la pauvreté ». Parmi les mesures rattachées à cet engagement figurent la création de 300 nouveaux centres sociaux dans les territoires prioritaires afin de rénover la politique de soutien à la parentalité. Des centres sociaux qui risquent de rester bien vide au regard des 120 000 suppressions de postes annoncées dans la fonction publique…

L’engagement N°2 est de « garantir au quotidien les droits fondamentaux des enfants ». La mesure phare consiste à mettre en place des petits déjeuners équilibrés dans les territoires fragiles ainsi que proposer des tarifs de cantines plus accessibles. A ceci s’ajoute la volonté de prévenir et lutter contre le surendettement avec le déploiement de 400 points conseil budget. On voit bien la logique de culpabilisation à l’oeuvre : le surendettement est vu comme la conséquence d’une mauvaise gestion budgétaire et non pas comme celle de revenus trop faibles pour faire face aux dépenses courantes.

L’engagement N°3 a pour objet de proposer « un parcours de formation garanti pour tous les jeunes ». C’est à ce titre que sera instituée l’obligation de formation jusqu’à 18 ans. Pour prolonger, et c’est là une des rares mesures à saluer, bien qu’il convient d’être prudent sur sa mise en œuvre, la volonté d’apporter une attention particulière sur les jeunes majeurs sortants de l’ASE. Un engagement sera contractualisé avec les départements pour empêcher que des jeunes ne se retrouvent sans solution d’accompagnement à la sortie de l’ASE. Deux éléments nous poussent cependant à être prudent, d’une part, la question de la contractualisation avec les départements qui peut sous-entendre que cela se fera sous conditions (et lesquelles?) et d’autre part, la notion de solution d’accompagnement, qui reste vague et ouvre la porte à un accompagnement non pérennisé et inadapté à la globalité nécessaire de cet accompagnement.

L’engagement N°4 « vers des droits sociaux plus accessibles, plus équitables et plus incitatifs à l’activité » contient lui un certain nombre de mesures phares : mise en place d’un revenu universel d’activité se substituant aux différentes prestations existantes – revaloriser la prime d’activité – simplification de l’aide au paiement d’une complémentaire santé. On notera également le volonté de favoriser les échanges d’information entre acteurs afin de rendre automatique les démarches au sujet des prestations sociales.

L’engagement N°5 préconise d’ « investir pour l’accompagnement de tous vers l’emploi » avec notamment une mesure phare visant à créer une garantie activité combinant accompagnement social renforcé et insertion dans l’emploi. Cette garantie activité sera mise en œuvre par Pôle Emploi et des opérateurs privés.

Un des leviers évoqués pour réussir la mise en œuvre de ce plan : la rénovation du travail social. (…)à peine un mois après la publication des décrets rénovant la formation des professions du travail social, ce même gouvernement préconise de « transformer la formation et certains métiers du social »

Les engagements de ce plan pauvreté ressemblent fortement à de vagues incantations sans aucune volonté d’agir sur les causes de la pauvreté. Il s’agit là surtout de créer des dispositifs afin de pouvoir afficher une action quelque soit son intérêt et sa pertinence. Pour illustrer ce propos, évoquons simplement un des leviers évoqués pour réussir la mise en œuvre de ce plan : la rénovation du travail social. Oui, vous avez bien lu, à peine un mois après la publication des décrets rénovant la formation des professions du travail social, ce même gouvernement préconise de « transformer la formation et certains métiers du social » ceci dans le but de « développer les pratiques « d’aller vers », s’adapter aux besoins réels et intervenir en cas d’événements et de ruptures qui peuvent conduire à l’exclusion ». Il paraît même qu’ils veulent appeler ça le travail social ! Quelle belle idée…Dommage de ne pas l’avoir eu plus tôt, cela aurait évité aux travailleurs sociaux exerçant depuis des années de devoir venir faire du tricot chaque jour. Oui, il vaut mieux tourner tout cela en dérision, la méconnaissance et le mépris affiché dans ce plan pauvreté à l’égard des travailleurs sociaux n’étant même plus caché.

Au SNUASFP FSU, on a des explications sur ce qui a pu « limiter le travail social à des interventions à caractère curatif » ou encore « augmenter les situations de non recours »

Ah oui, sinon au SNUASFP FSU, on a des explications sur ce qui a pu « limiter le travail social à des interventions à caractère curatif » ou encore « augmenter les situations de non recours » : les discours culpabilisants vis-à-vis des personnes en situation de précarité (mais si, vous savez bien, « les sans-dents », « les illettrées », « ceux qui ne sont rien »…), le manque de moyens conduisant à la disparition des services publique dans certains territoires, les seulement 2800 postes d’assistantes de service social à l’Éducation Nationale pour plusieurs millions d’élèves, la surcharge de travail amenant à travailler dans l’urgence en permanence…Alors, à quand un plan épanouissement et dignité pour vraiment faire quelque chose ?

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